Friday, December 18, 2015

Parution du nouveau roman de Kamal Benkirane " J'ai tué l'hiver"

Sunday, January 25, 2015

Mon pays est la Palestine

Mon pays est la Palestine Je viens de perdre mon boulot. Non pas que mon patron vient de me mettre à la porte, mais le café où je travaille comme serveur vient d’être sifflé hier par une bombe, envoyé comme un colis, par l’armée d’occupation israélienne. Si j’ai eu la vie sauve, c’est parce que je suis parti de l’autre coté de la rue, ramener son café à Ahmed, le tailleur du quartier. À mon retour, le chaos m’a accueilli, houleux et impitoyable. Toute une désolation fuligineuse. J’ai passé le reste de la journée à ramasser les restes humains et à porter secours aux blessés. Mon patron aussi a laissé sa peau, et j’ai été parmi ceux qui ont porté l’après midi son cadavre au cimetière de Khan Younes. Depuis que l’armée de l’occupation a décidé la semaine dernière de bombarder Gaza à cause de ces missiles destinés à Tel Aviv, il faut dire que le rythme de vie n’a pas beaucoup changé, malgré les quelques explosions et le bruit intermittent des bottes dans les chaussés. L’habitude rode les âmes et l’espoir l’enfourche. Je me suis habitué à cela, les gazzaoui ont toujours été habitués aux cieux lézardés par les bombes et les étoiles filantes qui surprennent aussi bien le jour que la nuit. Ce matin-là, je suis seul à la maison. J’attends le retour de ma femme Soha et de mes deux enfants, Omar trois ans, et Yasmine trois mois. Soha est partie de bonne heure chez le médecin pour consultation sur les toux répétitives de Yasmine. Depuis maintenant trois jours qu’un trou a été creusé au salon à cause d’un missile ennemi, je ne trouve toujours pas le moyen de le colmater. Le courant d’air passe avec son lot de toxines et de napalm, et c’est très risqué pour la santé d’un bébé de trois mois. Le temps est gris, j’entends des bombes sillonner les cieux lointains et le bruit des pas bourdonner dans le chaos. La télévision branchée sur la chaîne israélienne annonce la mort d’un membre du Hamas dans un café de Gaza : « opération réussi! », scande l’animateur avec son sourire de trublion. Ce café, j’y ai passé toute une année comme serveur. J’ai appris à aimer la simplicité des gens qui y venaient et leur sens de l’humour. Je tourne en rond dans cet appartement exigu, et de temps à autre, je vais à la fenêtre pour guetter l’arrivée de ma petite famille. Je grignote dans la cuisine ce qui reste d’un pain et me sert du café froid. J’allume une cigarette et garde les yeux fixés sur la télévision. Écœuré par l’inquiétude, je me lève et m’empare d’une petite boite sur la table de nuit. Je l’ouvre et me mets à compter les quelques sous qui me restent, une maigre somme, juste de quoi tenir encore une semaine. Je mets la boite dans l’armoire et retourne en face de la télévision. Il me faut trouver du travail. C’est maintenant ma priorité. La guerre et les bombes ne m’empêcheront pas de le faire. C’est le bon Dieu qui donne la vie et c’est lui qui l’enlève. Je ne veux pas que ma famille crève de faim. Aussi, je ne veux pas céder aux avances de ce juif marocain qui m’a proposé il y a deux semaines de gérer son café à Ashdod. Pour moi, c’est hors de question d’aller quémander la dignité dans l’autre camp, hors de question de cautionner la honte auprès de ceux qui ne lèvent même pas le petit doigt pour empêcher que Gaza continue d’être la prison ouverte qu’elle est, hors de question de me laisser manipuler par les arguments d’une paix durable proposée à coup de laisser-faire identitaire, et de bombes faméliques. J’allume une autre cigarette et m’en vais encore une fois vers la fenêtre. Le pouls de la rue est normal et la moiteur commence déjà à s’installer. Tout d’un coup, le téléphone sonne. Je m’empare du combiné, et au moment où je m’apprête à répondre à la voie douce de Soha, une voix rocailleuse agresse mes tampons : « C’est l’armée israélienne, vous avez dix minutes pour quitter les lieux, après quoi, nous allons bombarder votre immeuble » Puis plus rien! L’adrénaline monte. Je ne puis refouler un tic de nervosité et mon premier réflexe est d’aller vider ma vessie. En sortant des toilettes, je passe voir la fenêtre, toujours rien! Je m’empare de la grosse valise en haut de l’armoire et la fait descendre, je mets dedans quelques uns de mes vêtements, ceux de Soha, de Yasmine et de Omar aussi. Je prends la boite à sous, du café et du beurre, quelques ustensiles et une couverture que je mets à la sortie de la porte puis je reviens tout en explorant des yeux l’appartement. Sur la table de nuit, mon père me toise sereinement, Ahmed Abou Maroua, mort il y a 21 ans, en résistant de la cause palestinienne. Je prends ce tableau ainsi que celui de ma petite famille et les mets dans la valise. Avant de dévaler les escaliers, je cogne sur la porte des voisins en criant de sortir, je remonte en haut et je cogne de toutes mes forces. Je descends après puis je mets tout mon attirail sur l’épaule droit, et je traverse l’autre coté de la rue en courant. J’entends après un sifflement lointain tel le bruit d’un Boing s’apprêtant à accoster. Je me retourne désespérément, et je vois dans la cohue Soha avec les enfants entrer à la hâte à l’immeuble en effervescence. Je la hèle mais sans résultat. Je laisse tout et retourne en courant vers eux. Soha, disparue hâtivement à l’intérieur, ne répond pas. La déflagration ne tarde pas, puissante et supersonique. Le gros éclat de verre qui lézarde le ciel me projette comme un rebut à quelques mètres de là, particule élémentaire dans le mélodrame de l’effondrement. Sur le sol, j’entends des « Allah Akbar », j’entends le bruits des sirènes et celui de l’ambulance lointaine qui approche. J’ai de la difficulté de bouger mes membres, et un fagot lourd siège sur ma jambe droite. Deux jeunes viennent vers moi avec un « Salamtek » pourléchant mes oreilles évanescentes. Je murmure..« Soha..Omar..Yasmine, Soha,, Soha..» Je ne sais combien de fois j’ai murmuré le nom de ma femme et de mes enfants… Du sang noie mes jambes. Je n’ai pas le courage pour tâter tout mon corps ni la grosse douleur qui triture ma nuque. Les deux jeunes me transportent vers l’ambulance. J’ai à peine le temps de voir le drapeau de la Palestine sur le cou de l’un d’eux. Je le lui prends sans qu’il réagisse, le mets sur mon visage, et m’enfonce dans la tiédeur du sommeil au milieu des hululements qui déchirent les artères. Dans l’écran noir de mes yeux, je vois Omar en vélo avec son rire coquin, Yasmine qui me sourit dés que je l’embrasse sur le nez, puis Soha qui vient vers moi, les bras tendus pour enfuir à jamais son visage sur mon cou. Je souris à tous et j’accueille allégrement le fatras des mots qui s’agglutinent dans ma tête. Je les épure, les trie et les destine au néant. La vie est si belle entourée de ma petite famille. Je tâte le vide mais je ne vois personne à part l’infirmier barbu qui tient la bouteille du sérum, et qui me scrute avec son regard de chien de faïence. Le drapeau est toujours là, soyeux sur me yeux qui larmoient tout d’un coup, qui cherchent une couleur, un parfum, un arbre, une prairie. Je ferme à nouveau les yeux et sombre indéfiniment dans une euphorie à deux mots : Mon pays est la Palestine! © KAMAL BENKIRANE 2014

Wednesday, November 06, 2013

Parution du recueil de poémes ( Feuillets de l'aube) en octobre 2013 en France

« Feuillets de l’aube » se veut une manifestation de l’étincelle des chants de l'amour dans toute sa diversité. L’aube est une spécificité du commencement, il projette vers l’éveil, la prise de conscience des premières lueurs qui émergent et inspirent, par sa clarté, l’âme en questionnement. Kamal Benkirane définit la simplicité dans ces textes comme étant un ingrédient essentiel qui fait aboutir la poésie à la source des coeurs. La liberté, la solitude, l’amour, la joie, la tristesse deviennent un fondement, une raison de vivre sur lesquels reposent le destin du bonheur et le cheminement vers l’idéal de la vie.
http://www.edilivre.com/auteurs/kamal-benkirane-7948.html

Thursday, April 07, 2011

Moi, Gibran et le permis de conduire

Moi, Gibran et le permis de conduire


Je n’ai ni l’étoffe du routier vétéran, ni celle du fanfaron zélé du volant. Je fais néanmoins partie de ceux pour qui la conduite d’une auto est une nécessité. De nos jours, j’estime que pour devenir un conducteur attitré, la sagesse n’est pas de tenir le volant d’une seule main, mais de garder aussi son calme lorsque la situation empire devant un agent en service. Cela dit, mon respect pour l’autre n’est pas nécessairement dicté par une charte commune, mais plutôt par mon sens de l’éthique qui, malgré les incontinences, plaide souvent pour moi.
Depuis un certain temps, ayant définitivement ratifié que le permis de conduire est nécessaire pour l’extension de mon domaine spatial, je traversai sans succès ma première expérience de l’examen. Je ne me suis guère attardé sur les bouts ratés, mais j’ai réalisé sans peine que l’attitude et la prestance finiront par l’emporter sur l’indigence stéréotypée.
Pour cette deuxième fois, il me fallait laver l’affront. Une voix me suivit, sereine et endossée par la cadence de Gibran, Le prophète, que j’avais ramené avec moi dans les lieux. Cette voix palpait mon angoisse et apaisait mon impatience :

C’est pour toi que la terre porte ses fruits.

Décidé à émerger vers le meilleur des mondes, Gibran dut meubler mes trois heures d’attente en sagesses prophétiques, hissé dans le promontoire de la morale et des sens. Dès que mon numéro s’afficha sur l’écran, je sursautai. Je faillis trébucher lorsque j’avançai vers l’évaluatrice. J’encaissai aussitôt son attitude sobre : une blonde hirsute qui me lorgna magistralement du regard sans faillir à la politesse d’usage. Il fallait se tenir debout, serrer les dents sans manquer de sourire. Suivant l’astuce fomentée par un ami qui, dans les mêmes circonstances, se confondit dans une courtoisie qui dut plaire, j’ouvris la portière à mon évaluatrice, puis m’installai sur mon siège. Elle ne broncha pas. J’ajustai le tout et vérifiai les positions. Une fois mon pied sur l’accélérateur, l’auto avança brusquement et s’arrêta net par un coup de frein sauveur de tous les maux. Secouée, ma dévolue s’emporta :
─ Oh la ! ici ce n’est pas comme chez vous, on y va lentement et sûrement, et on vérifie des deux cotés.
─ Ah bon ? Puis c’est quoi cette histoire de «ce n’est pas comme chez vous» ? Elle doit sonner drue, ma tonalité ?
Je dus subir l’affalement de ma propre condition devant le sourcil austère de la dame, son air intraitable me harponnait.
J’écoutai la voix.

Prends ton temps, tu finiras par conquérir les Amériques. Ton couronnement aura pour nom «Le pan de la liberté»

Il ne me restait plus que cet inévitable concept de la maîtrise de soi, flanqué partout par les psychologues dans les livres, entrevues télévisées, etc. Je finis par tourner mon regard vers la route, arène de la sentence ultime, chaumière des bons et des méchants.
─ Et cette fois, doucement, enchaîna l’évaluatrice. Vous avez un premier avertissement, faites attention !
Je tentai, en vain, d’écarter la certitude que ces autos mises à la disposition des futurs postulants sont un peu dopées juste pour tester la capacité des candidats à les maîtriser. En route, je commençai à retrouver mon équilibre, jusqu’à un autre maudit coup de frein devant le « Stop ».
─ C’est quoi ton problème ? dit-elle. On s’arrête lentement, on regarde à gauche et à droite, et on continue, tu comprends le français j’espère ?
Je guettai la voix, mais elle s’était évaporée dans le néant. Mes cordes vocales se desséchèrent. À un moment donné, j’eus l’impression que le réchauffement de mon corps prenait sa source du soleil cuisant, filtrant par la vitre, et qui pénétrait mes pores. Je fulminais Ad hoc.
─ Savez-vous quoi ? Je refuse de continuer l’examen avec vous !
Je guettai la voix qui se débinait impunément vers les bas fonds de l’anonymat et validai ma putréfaction. Avais-je déclaré une guerre des sexes ou était-ce juste l’adrénaline ? Je la vis qui écarquillait les yeux, folle de réaliser qu’un acte d’insubordination venait de se produire, non loin d’un bâtiment public et de surcroît par un apprenti conducteur ! Je claquai la porte et rejoignis le centre. Elle fit un virage à 180 degrés pour aller rejoindre d’emblée le stationnement du centre. À l’intérieur, je restai de marbre tel un paon blessé devant une autruche rêvant de le culbuter. Moi qui ai toujours milité en faveur de l’égalité des sexes, je pouvais déjà tout lire dans ses pensées qui, d’une répulsion muette, m’envoyaient paître dans les cavernes des moyenâgeux. La tension était telle que dès qu’elle me confia à un nouvel évaluateur, elle se dirigea derrière la bâtisse, alluma une cigarette et s’assit en face d’un petit parterre en se rongeant les ongles de la main. Mon évaluateur, un monsieur aux joues blettes, me considéra avec méfiance et me convia à un nouveau départ.

Tu n’as pas encore gagné, me fit soudain la voix. Continue vers les notes dissonantes d’une douce mélodie.

On prit une nouvelle voiture et je démarrai. Je m’arrêtai tranquillement, effectuai ma vérification de position, maintins mon degré de vitesse, déclenchai les clignotants, écoutai attentivement les consignes. Le bon sens finit par gagner du terrain, la voix qui me poursuivit cette fois était plus épurée que celle d’une « Émilie » dans un GPS.

Les notes dissonantes d’une douce mélodie…

Pour briser la glace, je dis à celui dont le sourire sincère mitigerait même une oie dans sa mare :
─ Il est vrai que le jour où nous nous élèverons au-delà de certains sujets sensibles et non dits, nous nous élèverons vers Dieu! Ça, c’est de Gibran! Vous le connaissez ?
─ Tout à fait monsieur, je connais Gibran, j’ai lu Le prophète, une oeuvre magistrale.
─ Ah bon? Et quoi d’autre? dis-je en doublant une auto.
─ C’est le seul que j’ai lu ! On va faire le stationnement ici, dans cette rue, entre ces deux autos.
Je commençai à m’exécuter en appliquant à la lettre toutes les leçons apprises jusqu’à date. Je ne tardai pas à revenir à la charge.
─ Connaissez vous Sable, Beurre et Musique, de Gibran aussi ?
─ Non, je ne connais pas ce livre ! En attendant, je ne veux pas vous déconcentrer, je vais garder le silence pour vous laisser stationner.

J’effectuai le stationnement et ressortis après. Au retour, j’avais l’impression de conduire une hélice lubrifiée dans les quatre points cardinaux. Lorsque je m’arrêtai à l’endroit indiqué, je croyai débarquer d’un pays lointain. J’attendis le verdict après quelques minutes en jetant des coups d’œil fugaces sur la feuille de l’évaluateur.
─ Votre conduite est assez sécuritaire, mais pour votre angle mort, vous devez vous retourner bien comme il faut. Aussi, il me semble que vous conduisez vite parfois.
Après moult calculs et un silence pesant, il enchaîna :
─ Finalement, vous ne passez pas votre permis monsieur. Désolé ! Vous pouvez aller prendre un autre rendez vous. Bonne chance !
J’hallucinais.
J’étais retourné au point mort de mes déboires, je fabulais sur les bienfaits de la liberté, sur la bonté humaine et le profil douteux de la piété chez certains. Devais-je renoncer ? Je n’avais pas le droit à la défaite, mille voix retentissaient dans mes entrailles. Je tenais bon. La vraie vie ne m’appartiendrait qu’à travers les irréductibles périphéries de ce centre. Je finis par conclure que tant que l’erreur est humaine, il doit probablement y avoir un bougre derrière qui fomente des complots pour ne les décrypter qu’à sa guise après, et sans contrainte aucune.
Après deux semaines, je me retrouvais au centre pour mon nouveau rendez-vous. Je n’attendis pas longtemps cette fois. Dès que mon numéro s’afficha, je me dirigeai tout de go vers mon évaluateur, un « pure laine», qui me serra froidement la main, et je dus subir la même aversion que l’autre fois. La voix ? Elle était là, ponctuait ma nervosité dans un tressaillement à peine audible.

Ne cède pas, la liberté finira par resplendir sur les chemins de la persévérance.

Avant de démarrer, il me cita tous mes droits et se figea sur le siège sans sourciller. Durant le trajet, il fut d’une politesse irréprochable et on ne pipa mot tellement la grisaille de ce jour-là y était pour quelque chose. Le verdict, qui ne tarda pas à fondre sur mes entrailles tiraillées par l’attente, ne me fit pas l’effet que j’escomptais, mais j’étais finalement délivré. Sa voix qui me souhaitait «Bonne route au Québec» était un effluve salvateur dans mon souffle, un flot de tendresse dans la douleur. Tous les virages du monde se dressaient devant moi telles des enceintes fleuries par la saison printanière. Toutes les angoisses s’étaient estompées pour laisser place à une vague réminiscence de toute cette expérience. Je ne savourais pas vraiment la beauté de ce cadeau tellement l’aspiration à l’objectif avait été minée par une sourde léthargie envers ce qui m’entourait. J’avais obtenu ce que je convoitais, mais mon sourire n’était guère perceptible malgré le joug finalement éclaté.

Devant la nouvelle version d’une vie dont je n’avais pas vu aussitôt germer les fruits, je pouvais désormais sillonner les lacs et rejoindre la campagne dans les moments intimes. Je me laissais souvent accompagner dans mon auto par une musique dont la mélodie est un miroir à la beauté du monde. Ainsi, continuellement disposé à braver le vent, mon engouement pour la vitesse finit, au bout de quelques semaines, par me valoir des galons au rang des inaptes, et donc une suspension de mon permis probatoire, avec un cumul de 12 points «d’inaptitudes» collé sans pitié à mon dossier de nouveau conducteur. Une fois de plus, de nouvelles procédures administratives me débusquèrent et je plongeai sans relâche dans le marasme ambiant des attentes. Gibran a bien raison de dire que «nous sommes les graines d’une plante tenace, et que lorsque notre coeur sera mûr, nous serons livrés aux airs qui nous sèmeront aux quatre vents».


© Kamal Benkirane

Wednesday, June 02, 2010


Extrait du recueil ( Dans la chair du cri) paru en France 2009


dans les geysers du néant
j’émets un chant
solidaire dans la diversité
du genre et du nombre…



et ce petit coin de fenêtre
dans le couvent de ma mélancolie
c’est là où gît mon rêve
haute demeure apprivoisée





fluide dans les turpitudes de l’amour
qui ont condamné dynamites
et esprit de balluchons
en déflagrance délit




un mot fougère
qui mange cru dans ma main
triture l’obsession de l’effluve première
où tout n’est que lutte ouverte
dans la parole éclatée.






Un seul mot
devant l’hostilité des frontières.
où les hommes cesseront de céder
à la convoitise triviale
du fer rouge





un seul mot
à la racine cosmique
par- delà cette nuit opaque
Et on jettera l’éponge !






face aux( il manque un substantif ?) gonflés à l’hélium
me projette au onzième cri
d’une entaille rouge ocre
Flot de subterfuges
qui me dira le secret du choc post –traumatique
du qui jugera qui ?






Puisque le cri est rendu
à son stade tertiaire
aimante les palabres de l’impuissance
sur des idéaux souillés
indéfiniment, je reprends ma bonhomie…






pour dire l’humain
sur les donjons de la mémoire
sur les commissures insalubres de l’étoile
et dans ces regards mortuaires
de déshérence….











indéfiniment
l’avenir dépendra
de l’écho de l’avenir…

Friday, August 08, 2008

Thursday, July 24, 2008

Accommodement déraisonnable

Accommodement déraisonnable


En général, les expressions qui cantonnent un groupe dans un moule social donné me rebutent. Et vu que la question identitaire provoque tellement de remous dans le monde ces temps-ci, je me suis arrêté sur la question de l’accommodement raisonnable et mon exploration de cet idiome dans le contexte juridique visaient plus à comprendre à quel point on peut accommoder la conception identitaire d’un pacifique chevronné avec celles d’un belliqueux opposé aux différences culturelles et religieuses. Or, j’estime que si un accommodement est pour la conscience ce que la coque est pour l’œuf, la vérité ne jaillit pas souvent de ce qui entretient les croyances mais de ce qui les démentit. Si le danger est dans la pulsion identitaire, l’amour ne peut démériter dans la fusion de deux entités. Il n’y a pas de grandes moralités dans les grandes solitudes qu’elle ne l’est dans les identités meurtrières.
Je ne le connaissais ni d’eve ni d’Adam. Il avait déposé son manteau marron, ses gants, et une cartable noirâtre sur la table avoisinante et ne se souciait guère des quelques regards torves que posaient sur lui les clients de ce restaurant arabe de la rue St Michel. Ce soir là, je parcourais paisiblement mon journal communautaire, et dés qu’il lut le titre (Accommodements raisonnables) sur la première page, il m’interpella subitement
-On nous gratifiera toujours de ce qui ne fera jamais notre affaire!
-Quelle affaire? Dis-je visiblement surpris
-Ces accommodements raisonnables, je ne crois pas à un traître mot de ce qu’on nous véhicule sur ce débat.
-Un jeu de mots, il suffit d’inverser, et vous aurez le même sens !
-Je ne crois pas à ce jeu de mots. Moi, je fais affaire avec du monde multiethnique, je fais des affaires d’or. Nous, on est du bon monde. On est accueillant, on aime faire des affaires avec les étrangers
-Qui n’aime pas faire affaire avec des étrangers ? Dis-je, soudainement acculé vers cette dimension alarmiste de l’identité en danger et qui puise dans l’adversité
-Vous avez sûrement compris ce que je veux dire. Savez vous ? Ce sont les lois du marché qui définissent ces accommodements raisonnables, le reste on en fait une soupe populaire pour le grand bonheur, hélas, de ceux qui en profitent à leur aise.
- Mais il faut croire que nous faisons partie d’une grande communauté ou les agissements des uns finissent par affecter les autres en bien ou en mal.
-Tout le monde fait de son mieux fait, le bâton magique pour tout régler d’un coup n’est la propriété de personne !
Puis, le serveur lui apporta son plat : des cuisses au poulet et citron, salade, et harissa, en plein ce qui constitue le composant viscéral de l’identité culinaire du Maghreb. Il allait sûrement passer pour l’époux d’une orientale si je n’avais pas deviné son embarras devant ce plat sémillant. Avec la seule fourchette qui siégeait sur la table, il ne sut comment aborder les cuisses du poulet, ni les frites qui émoustillaient le plat. Comme il escrima d’abord les doigts sur la sauce et qu’il ne put avancer davantage, Il demanda un couteau au serveur puis après, se mit à l’oeuvre tout à son aise :
- Mon nom c’est Louis, dit-il, je travaille au bureau syndical. On prépare demain la quatrième marche contre certains acquis, vous pouvez participer si vous voulez, vous aurez une idée sur le programme en allant sur notre site web.
Je me présentais aussi et signalais à Louis que tout ce qui a trait au communautaire et au social m’interpelle et je marcherais pour le bien de tous les humains sur terre au nom de la liberté, la fraternité, et l’égalité, sans être obligé d’assumer à la lettre que ma liberté finit quant commence celle de l’autre, ou que la sienne commence quant finit la mienne
-Les normes de l’égalité c’est dans ces accommodements mon cher Monsieur, préconiser une charte écrite pour une cohabitation commune fera l’affaire de tous, ça ne serait pas une bonne idée ça ? fit-il
-Les lois qui tracent des frontières me dérangent, je plaide pour une identité universelle
-J’en plaide aussi, mais sachez que les chartes réglementent nos égalités et nos différences. C’est vrai nous avons tous nos racines, mais nous sommes tenus en respect devant une charte bénéfique pour tous, y compris pour les immigrants qui débarquent ici !
-Après tout, ne sommes nous pas tous immigrants dans la vie ? Dis je
-Oui, et mon oncle Gildor soutient que Jacques cartier est lui-même immigrant, mais il est incapable de le prouver. Sûrement que la moralité n’est pas dans le nombre de centimètres de tissus, ni dans la couleur de la peau…
A la fin, il demanda au serveur une bière bien froide :
-On ne sert pas de bière ici Monsieur, réplique le serveur
-Comment ça ? fit-il offusqué, c’est absurde
-Ce n’est pas un restaurant Bar tout simplement Monsieur
-Oh, excusez mon étourdissement, même si je trouve que vous devez servir de la bière au nom la diversité des clients, mais enfin, ce n’est qu’une remarque !
-une bière dans une théière ça vous dit ? fit subtilement le serveur
Je partis dans un rire convivial et avisais Louis que pour s’accommoder à une bière, cela prend d’abord une bonne théière. Flatté, Il rie à gorge déployée puis commanda une théière qu’il m’invita à partager avec lui. L’histoire de la bière verte à la menthe nous a parfaitement égayé. Nous avons jasé après sur la vision d’une identité universelle et le devoir d’assumer les codes culturels pour notre survie collectif, ainsi que sur les lois du territoire susceptibles de définir aussi un accommodement raisonnable. Il y avait de la crédibilité dans nos convictions et une volonté ferme de donner du pouvoir au fameux bâton magique. Quelques minutes après, Louis s’est laissé emporter par le journal de Montréal, je gardais le silence convaincu qu’une conscience lucide est une meilleure armure par les temps qui courent. Ces quelques mots échangés ce soir dans ce restaurant ont permis à nos deux solitudes de se rejoindre dans celle de l’aveu accommodant, conscients d’avoir communiqué à l’enceinte de la lune diaphane, l’espoir d’une humanité fraternelle et universelle.
Posted by Picasa